Et si les photojournalistes étaient les plus aptes à sur-vivre aux mutations des médias ? (4/5)

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Ce billet est le quatrième – d’une série de 5 – sur l’avenir du photojournalisme. Voir aussi l’introduction (1/5), « Historiquement, les photojournalistes se sont organisés en dehors des rédactions » (2/5), « Le photojournalisme, un travail d’auteur qui se valorise » et « En position de force face aux nouvelles écritures : du photojournaliste au journaliste visuel » (3/5) et la conclusion « Des questions essentielles à résoudre pour cette nouvelle ère du photojournalisme » (5/5).

3 / Quels modèles pour financer et diffuser le photojournalisme ?

« Oui mais alors il n’y a pas de modèle économique » : Cette phrase ressort dans tous les débats sur l’avenir de la presse et du photojournalisme. Elle est symptomatique d’une époque où personne n’a de réponse définitive sur comment financer la production d’informations. ((Quelques articles : « Les éditeurs de presse, dans la nasse de l’économie numérique », « Et si Murdoch avait raison » ))

En photojournalisme, il est évident que les prix des commandes photos n’augmentent plus quand ils ne fondent pas carrément comme neige au soleil. Dans les années 70, les photojournalistes de Gamma ou Sipa tournaient à plusieurs dizaines de milliers de francs mensuels. Un journal comme Newsweek pouvait envoyer un photographe pendant 6 mois à l’étranger en le payant 500$ par jour. ((extrait de « Convervations avec Jean-François Leroy » à l’occasion de Visa pour l’Image 2009)) Cette époque est désormais révolue.

De nos jours, il faut accepter que nos revenus seront moindres, plus diversifiés et que notre train de vie ne peut être celui d’un aristocrate. Les journalistes pigistes le savent eux depuis longtemps, vu de leur rémunération. ((En 2008, 37,2% des pigistes gagnent moins de 1 500 euros par mois. Et en euros constants, le montant brut mensuel moyen des piges est passé de 2 200,94 euros en 2000 à 2 059,25 euros en 2008. Source : Observatoire des métiers de la presse)) Il ne s’agit surtout pas de se tirer vers le bas ou de vouloir travailler à bas coût comme des « forçats de l’infos ». Il faut juste être conscient que le marché du photojournalisme n’est plus ce qu’il était et que si l’on veut se faire de l’argent, on a qu’à choisir un autre métier.

A l’ère du bricolage et du projet culturel

La presse n’est plus l’unique producteur et diffuseur de la photographie d’information aujourd’hui. Nous rentrons dans une ère de bricolage où il faut avoir conscience que son reportage puisse avoir de multiples vies à travers la combinaison de différents producteurs et diffuseurs. ((« Quels financements pour le web reportage ? » sur journalismes.info))

Le projet sur les Réfugiés climatiques ((Vous remarquerez la présence d’un site web dédié et d’un groupe Facebook)) du collectif Argos est pour moi l’exemple type de cette nouvelle manière de procéder. Issu d’un travail collectif de 4 années associant des photographes et des rédacteurs, ce projet a pu être rendu possible grâce au soutien de partenaires comme Picto ou la bourse 3P ((10 000 euros de dotation, sur projet)). Ce travail, qui comprend 9 reportages au long cours, a donné lieu à :

  • des publications rémunératrices dans la presse;
  • des conférences-débats sur le changement climatique;
  • l’édition d’un livre de 350 pages soutenue par l’ADEME, le Ministère de l’Écologie et HSBC;
  • des projections multimédias, comme aux Rencontres d’Arles.

Et même si il fut débuté en 2004, ce travail continue d’être visible comme tout récemment dans le cadre du sommet de Copenhague.

Sans forcément prendre l’ampleur du travail sur les Réfugiés climatiques, les reporters d’aujourd’hui doivent s’inspirer de cette façon de faire qui s’apparente à la mise en place d’un projet culturel ((Exemple d’Afriscascopie : 2 jeunes journalistes, Antonin Sabot et Jean Abbiateci, partent 3 semaines en Afrique. Ils emportent ordinateur, appareil photo, enregistreur sonore et caméra vidéo. Un blog est tenu sur LeMonde.fr qui finance une partie du projet. Sur le site de RFI, les deux reporters parlent de leur projet et demandent aux internautes de participer à leur enquête journalistique. A leur retour ils réalisent un webdocumentaire et publient des articles dans différents journaux.)).

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Argos et d’autres comme Tendance Floue, VII ou Magnum emploient de nombreux responsables de projet ou des chargés de production qui s’attèlent à trouver des moyens de faire travailler leurs photographes. Voir par exemple les réalisations sur la Géorgie ou Renaitre à la Vie, sur le Sida.

La combinaison de plusieurs solutions

Je vous propose ci-dessous une liste de ces nouveaux acteurs de la production et de ces nouveaux moyens de diffusion de l’information. Ils sont complémentaires. Ils inventent un nouvel écosystème pour le photojournalisme. Cet écosystème a le côté positif de donner une nouvelle liberté éditoriale au photojournalistes et aux reporters rédacteurs. Nous ne sommes plus tributaires de la seule presse écrite, il y a de multiples voies qui peuvent mieux convenir à ce que l’on veut dire et rapporter sur le monde.

Ce qui marche encore en presse

Certes les budgets baissent, mais la presse écrite reste en capacité de produire et d’acheter de l’information. ((Tout n’est pas si noir mais il est évident que ce modèle va disparaitre. Il y a un an, une de mes photos était vendue par Gamma au Point. Ces derniers déboursaient 230 euros pour la publier sous la forme d’une petite vignette de 3 cm de large. Au même moment, un ami, d’une agence concurrente vendait une photo pour le site internet, LePoint.fr. Mais cette fois, sa photo, affichée sur 600 pixels de large, avait été achetée 5 euros…)).

Il est donc encore possible de travailler régulièrement en commande pour la presse quand l’on reste sur le territoire français ou sur le terrain de l’actualité, du news. Des journaux comme Libération, Le Monde ou le Pèlerin, par exemple, ont une production originale de photographies. Les grands news magazines comme Stern ou Paris Match déboursent toujours entre 2000 et 3000 euros pour une photo en double page. ((Anecdote : une jeune photographe française me racontait être partie en Afghanistan pour faire un travail sur les toxicomanes. 3 mois de reportage qui n’intéressait aucune rédaction. Un jour, en poste à Kaboul, elle rencontre un journaliste de Match qui a besoin en urgence d’une photographe pour faire un portrait, en 5 minutes, d’Hamid Karzaï. La photo est publiée en double page et la Française repart avec 3000 euros qui lui rembourse son travail de 3 mois. Paradoxale non ?)) Un nouveau venu comme l’excellente revue XXI paye 5000 euros pour publier un reportage préexistant dans un portfolio d’une vingtaine de page ((Mais ne payerait pas pour les contenus publiés sur son blog)).

Sur le web, des budgets commencent à apparaître notamment sur LeMonde.fr qui achète des productions multimédias de type webdocumentaire produits indépendamment ou non. On reste toutefois sur des prix d’achat compris entre 500 et 2000 euros pour des objets multimédias aux coûts beaucoup plus élevés.

Ajouté à cela, Internet permet aux photojournalistes de diffuser, sans charges conséquentes, leurs productions récentes ou leurs archives sur le marché français et internationale. La baisse des piges a pu être compensée par un élargissement du marché. Des photographes, comme ceux de FedePhoto, ont donc une part non négligeable de leurs revenus qui provient de la vente d’archives.

Avantages : Bénéficier de l’autorité et de la visibilité d’un journal ; reconnaissance valorisante pour le travail / Inconvénients : Peu de sites web payent ; absence de service photo dans les sites web ; place réduite de la photo quand il y a une publication papier.

L’autoproduction ou la balance du corporate

Pendant longtemps, on disait que le people finançait les agences et les journaux. Le chiffre d’affaire réalisé par les paparrazis ou par des articles people/loisirs faisant de l’audience permettait de financer la production d’une information plus chère et moins rentable. Il y avait une balance entre des secteurs bénéficiaires et d’autres déficitaires. ((Reuters par exemple met un point d’honneur à maintenir un bureau en Irak avec de nombreux permanents, photographes et journalistes. C’est une activité déficitaire mais qui est compensée par d’autres secteurs très lucratifs de cette agence.))

On se finance aujourd’hui moins avec le people, mais le principe continue d’exister. Cette fois, ce sont les photographes qui font directement des travaux rémunérateurs (du corporate) pour financer la production de leurs sujets personnels. Quand ils sont dans un collectif ou en agence d’auteurs, les photographes établissent des règles de reversement (un pourcentage des commandes va à la structure, des contrats corporate sont conclus pour l’ensemble du collectif, etc).

Par corporate, il ne faut plus entendre uniquement la photographie d’entreprise. On désigne désormais par ce terme des travaux comme les reportages pour des institutions (communes, collectivités, ONG), la photographie de mariage, le filmage ou les portraits pour des personnalités, des artistes. En somme tout un panel de travaux photos qui sont bien plus rémunérateurs que la photo de presse mais qui non pas pour but d’informer. C’est de la communication.

Je ne connais pas un photographe ou collectif qui travaille exclusivement avec la presse. Tous font aujourd’hui la balance avec du corporate, même les plus célèbres comme l’agence Magnum, qui de par son aura a pu décrocher des contrats très rémunérateurs. ((C’est d’ailleurs l’un des atouts paradoxales pour les photojournalistes : les services de communication adorent le reportage photos et ont encore en tête l’image idyllique du photojournaliste romantique. Ce métier a une prestigieuse image de marque . Je pense malheureusement que les clients vous font souvent travailler en corporate parce qu’ils ont vu des images de reportages parfois très dures (guerre, famine) dans votre book et non parce que vous faites des choses positives ou de la mode. Les photographes ont alors tout intérêt à valoriser leur pratique documentaire.))

Souvent payée 10 fois mieux qu’en presse, une commande corporate permet ensuite de se concentrer uniquement sur la réalisation d’un travail personnel ou d’arrondir ses fins de mois.

Avantages : Beaucoup de clients possibles ; rémunérations importantes ; autonomie ensuite pour la réalisation de ses reportages / Inconvénients : Perdre la main du photojournalisme à force de faire du corporate ; difficulté pour garder la carte de presse ; problèmes déontologiques si l’on veut enquêter sur des entreprises qui sont nos clients corporate.

Le multimédia et l’arrivée de nouveaux producteurs

Internet, nouveau support, aura permis de faire tomber des barrières et d’amener de nouveaux producteurs à financer le photojournalisme. C’est bienvenu car dans le même temps, les nouvelles formes de narrations multimédias ont fait exploser les coûts de production : un webdocumentaire comme The Big Issue coûte plusieurs dizaines de milliers d’euros à réaliser.

Ce sont principalement des acteurs venus du cinéma et de la télévision qui financent aujourd’hui l’information innovante sur internet. On peut les regrouper en 3 groupes qui fonctionnent ensemble et qu’il convient de démarcher :

1 / Les organisations publique comme le CNC ((Centre national du cinéma et de l’image animée)) ou la SCAM ((Société civile des auteurs multimedia)). Le premier a un département dédié au multimédia et a financé des dizaines de réalisations ((200 000 euros sont prévus chaque année pour financer ces nouvelles écritures)) comme Voyage au Bout du Charbon ou Retour à Tchernobyl. Dans une interview, Claire Leproust, membre du jury au CNC, explique le rôle et les spécificités des bourses dédiées à la création multimédia. Quand à la SCAM, elle a lancé récemment des bourses « pour encourager la création d’œuvres journalistiques originales. Cette aide est ouverte aux auteurs journalistes, pigistes, parmi celles et ceux qui ne sont pas salariés permanents d’une entreprise de presse. Deux à trois bourses, d’un montant de 2000 à 4000 euros, seront attribuées pour permettre aux lauréats d’approfondir et de mener à bien un projet francophone, ambitieux et singulier, de thème libre » ((Brouillon d’un rêve journalistique, l’aide à l’écriture pour les journalistes)). Elle offre par ailleurs un site web d’une grande qualité avec de nombreuses possibilités et elle soutien des prix comme le prix Roger Pic d’une dotation de 4500 euros.

2/ Les chaines de télévisions : On peut citer France 5 ((Lire « Webdocumentaires, France 5 se lance« )) avec le projet « Portraits d’un nouveau monde » ou la coproduction de The Big Issue (via sa filiale Curiosphere.tv) ; Arte.tv qui a réalisé Gaza Sderot et s’apprête à sortir le très attendu Prison Valley et France 24 qui organise avec RFI le prix du webdocumentaire et qui en produit régulièrement comme dernièrement sur le changement climatique.
Ces chaines arrivent sur le marché avec des moyens conséquents et travaillent principalement avec les boîtes de production multimédia qui deviennent les nouveaux interlocuteurs des auteurs (photojournalistes ou rédacteurs):

3/ Capa, Honkytonk, Upian (très bon), Narratives, Ligne4, Sapiens Sapiens ou Hans Lucas sont parmi les plus dynamiques en France aujourd’hui et sont en demande d’histoires à produire. Ces boites de productions participent à la recherche de financements et diffuseurs. De plus, elles fournissent un accompagnement dans la réalisation multimédia du reportage. Elles sont souvent composées de réalisateurs, ingénieurs du son, infographistes, créateurs web, flasheurs…

En outre ces producteurs ouvrent de nouvelles portes pour la diffusion : application sur téléphone mobile, projection à la télévision ou dans des festivals sur le multimédia comme celui des 4 écrans où concourraient des webdocumentaires.

Avantages : Moyens financiers importants ; travail avec une équipe pluri-médias ; participation à de nouvelles formes d’écriture de l’information / Inconvénients : De plus en plus de demandes ; possibilité de faire de la production sur du news ?

Les bourses et prix du photojournalisme

Dans un article publié en mai sur ce blog, je parlais de ces nombreux prix et bourses récompensant le travail d’un photojournaliste ou encourageant un projet. Chaque photojournaliste devrait aujourd’hui y soumettre son projet ou un reportage déjà réalisé. Les producteurs ci-dessus en font largement usage tandis que le nombre de ces prix et bourses ne cesse d’augmenter. Certaines ont même des dotations impressionnantes comme le récent prix du fond Carmignac d’une valeur de 50 000 euros.

Il m’est impossible de faire une liste complète de tous ces prix et bourses mais un suivi régulier des sites qui traitent de l’actualité photographique permet généralement de ne pas les manquer.

Avantages : Dotations souvent importantes ; possibilité de poursuivre des projets ; visibilité du travail et du photographe, notoriété / Inconvénients : Beaucoup de candidats.

Les partenariats

Aujourd’hui, les entreprises, ONG et autres institutions publiques, ont des parts de budgets qui sont allouées au financement de projets culturels ou sociaux. Cela fait partie de leur stratégie marketing. Les marques du secteur de la photo sont les premières à soutenir la création et la production des photographes.

C’est par exemple le cas Nikon qui donne du matériel à Guillaume Herbaut pour son webdocumentaire à Tchernobyl ou qui finance avec des ONG et des journaux « Consequences » de Noor. C’est MSF qui va produire avec MediaStorm un diaporama multimédia sur le travail d’un photographe de Vu. C’est Olympus qui soutient le collectif  Tendance Floue ou encore Canon qui aide Bollendorff sur son dernier webdocumentaire. Ce sont des photographes qui se font rembourser des frais de transport en fournissant quelques images à des ONG ou à une compagnie aérienne.

Avantages : Liste des partenaires infinie ; dotation souvent correcte ou réductions des frais possibles / Inconvénients : est ce le rôle du privé de financer le journalisme ? ; l’entreprise exige une visibilité de sa marque sur le projet final ; dépendance à l’égard des partenaires ; déontologie.

Les « sites projets »

Un « site projet » est un site dédié à une production documentaire ou à une thématique particulière. D’un point de vue professionnel, on est plus à même de toucher des partenaires et producteurs potentiels et du point de vue de l’internaute, on lui offre un propos éditorial riche, nourri d’interactivité, de multimédias et d’actualité.

Tout récent, le projet Brèves de Trottoirs est l’exemple même d’un « site-projet ». Cette plateforme webdocumentaire ((Pour laquelle un dossier de financement à été déposé à la SCAM)) a pour but de « partager les histoires de vrais gens et proposer un voyage intime et subjectif dans Paris ». Les deux auteurs, un rédacteur et un photographe, font un large usage des réseaux sociaux et tiennent un blog pour « tenir au courant de l’avancement de [leur] projet mais aussi partager cette difficile expérience qu’est de mettre sur pied un projet multimédia. » Ils affirment que « Brèves de Trottoirs se veut ludique et interactif. Ainsi le site évoluera au gré de [leurs] reportages. » Ils sont une sorte de rédaction d’un nouveau genre à l’échelle très réduite.

Je citerais aussi le projet « The places we live », le projet « Consequences » et dans un style un peu différent les blogs sur des webreportages : à savoir « Les routes de la faim » à Haïti et « Histoires de la Vallée du Ciel » au Swaziland.

Avantages : Utiliser la richesse d’internet pour diffuser son travail ; journalisme à haute qualité éditoriale ; intérêt pour des producteurs et les internautes / Inconvénients : bien connaitre les outils d’internet.

Le lecteur, l’internaute, le citoyen

Au lieu de chercher des producteurs et diffuseurs uniquement dans le milieu professionnel pourquoi ne pas se retourner vers le lecteur, le citoyen.  Est-il possible de réinscrire le citoyen-internaute dans la production et la diffusion de l’information ? ((L’internaute diffuse déjà l’information puisque c’est lui qui via les réseaux sociaux, les liens et les mails donne une audience à un travail)) Gérald Holubowuzic défend cette idée dans un billet sur les financements possibles du photojournalisme.

Spot.us est un projet américain au principe simple : « le pigiste propose, sur Spot.Us, un synopsis de l’enquête qu’il veut réaliser, les internautes la financent et l’article est ensuite vendu aux journaux. » Le fondateur de ce site a récemment expliqué à Liberation la viabilité de son projet. Télérama consacre aussi un article sur les « internautes, nouveaux mécènes des journalistes ».

Il y a aussi l’exemple de photojournalistes comme Zoriah Miller qui invite sur son blog les internautes à soutenir son travail via un don en ligne.

Dans le même ordre d’idée, des sites parlent de la pratique de notre métier :

C’est le cas du projet de l’Oeil de viseur où un photojournaliste explique l’histoire d’une de ses photos : préparation, contexte, anecdotes, publication, tout y passe. C’est la possibilité pour le photographe de donner à écouter ce qu’il y a derrière une image et pour l’internaute de comprendre les mécanismes de fabrication de l’information. Le photographe indépendant Sébastien Calvet tient un blog où il raconte l’histoire qui entoure ses photos issues de son travail quotidien pour Libération.

Dans une interview à Photojournalisme.fr, Alain Mingam pense également qu’Internet offre de nouveaux liens possibles avec le public.

Avantages : Réinscrire l’intérêt et la compréhension du journalisme dans la société ; pouvoir affirmer ses questionnements déontologiques ; avoir l’exigence de lecteurs qui payent pour avoir du journalisme de qualité / Inconvénients : dépendre du bon vouloir des internautes ; Internet n’est pas utilisé par toutes les couches de la société.

Les expositions, festivals et galeries

Visa pour l’Image, RIP d’Arles, Bayeux. Les festivals de photographies connaissent tous une croissance à deux chiffres en terme de fréquentation. Ils sont le signe que les citoyens s’intéressent à la photographie d’information. Parce qu’ils sont accessible à tous, ces festivals font descendre la photographie d’information dans l’espace publique. ((Voir les actions avec des collégiens et des lycéens à Visa pour l’Image)).

Exposer c’est aussi la possibilité de vendre. Les photojournalistes ont depuis plusieurs années investi les murs des galeries  des centres d’art contemporain ((Galerie Agathe Gaillard, Espace Confluences, Galerie Magnum, Vu la Galerie, La Château d’eau, La Maison Européenne de la Photographie, la Fondation Henri-Cartie Bresson, etc.)). Cela permet à la fois de toucher un autre public mais aussi d’engranger des revenus supplémentaires. La galerie Polka tente à sa manière de renouveler le système en proposant à la vente des tirages des photos publiées dans la revue du même nom.

Sur internet c’est l’expérience du Figaro Galerie ou de MediaVu. Ce dernier n’a cependant pas le succès espéré : il n’y a que quelques photos vendues par reportage dans le meilleur des cas.

Avantages : Visibilité d’un travail ; travail autour de la scénographie ; revenu complémentaire mais pas extraordinaire (la photographie d’information se négocie généralement entre 400 et 2500 euros)  / Inconvénients : Sans vente, aucun revenu assuré ; faire attention à ne pas faire trop rentrer la photographie documentaire dans le marché de l’art : perte de sa nature et de son sens.

Les nouvelles revues et webzines

Il y a une profusion de webzines qui donnent à voir du photojournalisme. Ces revues rencontrent une audience comme en témoigne la popularité de The Big Picture ou Burn Magazine. Je vous invite à consulter un article de Juliette Robert qui en fait la liste.

Sur le papier, c’est la création en 2008 de la revue Polka qui se veut le nouveau magazine du photojournalisme. Si les premiers numéros étaient critiquables du fait que seuls de grands photographes connus et archi-revus étaient présentés, il est encourageant de voir que les deux derniers numéros accordent une place à de jeunes photographes inconnus et à des sujets contemporains.

Enfin, réunissant le travail de 26 collectifs, Zmâla est une revue annuelle destinée à montrer la richesse de la production documentaire d’aujourd’hui.

Avantages : Visibilité accrue sur internet ; possibilité de présenter de nombreuses photos et des productions multimédias ; grande richesse éditoriale ; intérêt du public / Inconvénients : Aucun modèle économique pour ces webzines ou pour Zmâla. Ils couvrent tout juste leurs frais d’éditions : pas de rémunération pour les photographes.

L’édition

L’édition d’un livre peut être rendue plus facile grâce à des entreprises d’auto-édition comme E-center ou plus intéressant Blurp qui offre la possibilité de produire et vendre des livres sans se ruiner. L’acheteur achète directement sur le site votre ouvrage qui est imprimé à l’unité.

Pour un travail plus abouti, on préféra les voies classiques, à savoir se tourner vers des maisons d’édition. Il faut être conscient qu’un livre photo se tire peu ((3000 exemplaires est considéré comme un bon tirage pour un livre photo)) et qu’il est toujours difficile à vendre. L’édition offre toutefois des débouchés à des travaux de photos-documentaires. Tendance Floue en est l’exemple récent avec Mad In China, Mad In India et Mad In France qui sont tous épuisées ou en voie de l’être.

Avantages : Valorisation du travail ; objet fini qui dure dans le temps, réflexion éditoriale importante / Inconvénients : difficulté pour trouver un éditeur ; peu d’argent à se faire : généralement on essaye juste de ne pas en perdre.

Une société d’auteur, la SAIF

Aujourd’hui, une société d’auteur, la SAIF ((Société des auteurs des arts visuels et de l’image fixe)), réunit près de 4000 photographes ((Ou leurs ayants droits, sur 8500 membres)) et œuvre pour répartir les droits qui sont dus aux photographes. Trop d’auteurs ignorent l’existence de cette organisation dont l’adhésion, à vie, est de 15,24 euros.

La SAIF est en position de devenir un acteur incontournable des nouveaux modèles économiques, puisque c’est ce genre d’organisme qui récupérerait une éventuelle taxe sur les abonnements à internet. La SAIF réfléchit à la meilleur façon de gérer les droits d’auteur des photographes à l’ère numérique (reflexion sur la licence globale, sur un système à la Itunes, etc.).

Tout comme il nécessaire de participer à Freelens ou à l’UPC en tant que photographe professionnel, soutenir l’action de la SAIF est indispensable. C’est d’abord un engagement pour trouver des solutions et c’est ensuite la garantie de toucher de l’argent qui nous est du.

Avantages : Plus la SAIF compte de membres, plus elle touche d’argent ; possibilité d’avoir des revenus complémentaires / Inconvénient : Aucun.

La formation et les stages

Partager son expérience, intervenir dans des écoles et animer des ateliers est une activité rémunératrice et qui occupe beaucoup de photographes confirmés aujourd’hui. La démocratisation de la pratique photographique a entrainé une forte demande de la part des amateurs qui souhaitent progresser rapidement, aussi bien techniquement que créativement.

Très demandé, les workshops de Magnum, Mediastorm, VII, ou encore les stages à Arles ne sont que le haut de gamme des stages photo aujourd’hui. Il suffit d’ouvrir le magazine Réponses Photo et de regarder le nombre de propositions de stages pour voir qu’il existe un réel marché de la formation en France.

Avantages : Rémunération plutôt élevée ; lien avec le public ; transmission du savoir / Inconvénients : Être pédagogue ; être reconnu ; avoir du métier.

La prise d’otage, le hold-up

Réputé pour leur capacité à pirater de nombreux logiciels de traitement d’image (Photoshop en tête) ou à charmer de riches milliardaires, les photographes ont amorcé un virage vers l’illégalité. Aujourd’hui réaliser une prise d’otages ou le casse d’une banque est une option envisageable parmi d’autres.

Avantages : Rémunération très élevée, visibilité médiatique importante, images exclusives (scoop) d’actions choc / Inconvénients : Grave dérive déontologique pour la profession, risque de condamnation judiciaire, de prison ou d’impôt sur la fortune.

Transition

Cette liste de solutions pour produire et diffuser le photojournalisme n’est évidemment pas exhaustive et va sûrement évoluer rapidement dans les mois et années à venir. Nous sommes dans une période de transition où des expériences aussi bien économiques qu’éditoriales sont menées. Il est fort probable qu’un ou plusieurs de ces modèles prennent le pas sur les autres. C’est une histoire à suivre.


Ce billet était le quatrième – d’une série de 5 – sur l’avenir du photojournalisme. Voir aussi l’introduction (1/5), « Historiquement, les photojournalistes se sont organisés en dehors des rédactions » (2/5), « Le photojournalisme, un travail d’auteur qui se valorise » et « En position de force face aux nouvelles écritures : du photojournaliste au journaliste visuel » (3/5) et la conclusion « Des questions essentielles à résoudre pour cette nouvelle ère du photojournalisme » (5/5).

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Commentaires

Christophe :

Très très bon article et fine analyse : pleine d'optimisme et pleine d'élan! Me tarde de lire le dernier volet !

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Laval :

Merci pour cette série d'article.
Félicitations pour ce gros travail de synthèse et d'analyse !
(vivement le 5/5 !!)

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-ju :

vraiment super ta série d'articles ! (et je ne dis pas ça parce que tu dis que je suis une "jeune" photojournaliste, héhé ;))
bref, bravo et merci !

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wilfrid :

Bon, je vais prendre le temps de tout lire tranquille avant de réagir. Beaucoup de choses à dire sur les productions audiovisuelles et sur les questions d'interface. Par exemple, jusqu'où peut-on pousser l'interaction en terme de déontologie ? Tout comme les articulations sont primordiales dans la construction d'un reportage, les passerelles sont essentielles dans les évolutions de nos métiers.

La photographie intéresse des personnes qui n'ont de cesse que d'y poser des logiques industrielles dessus. Pourtant, il ne serait pas compliqué de créer une structure diffusant un travail éditorial photographique de qualité (cross média off course).

D'ailleurs quel avenir aux agences "classiques" de diffusion ?

Juste concernant "Brèves de comptoir", Thomas était finaliste du Tremplin avec toi.

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root :

@Wilfrid :

Effectivement, les nouvelles interfaces et façon de raconter les histoires photographiques posent tout un tas de questions, notamment déontologique. Il a beaucoup été reproché à Voyage au bout du Charbon son côté "jeu de rôle". Je crois qu'il faut prendre en compte le fait que Samuel Bollendorf a réalisé ce webdocumentaire après avoir eu de nombreuses parutions, expositions (et même un livre) sur ce travail et que donc il cherchait des nouveaux modes de (re)présentations et que d'autre part on est encore dans un terrain expérimental ou des erreurs peuvent apparaitre. Il faudra plusieurs années pour que cela soit plus claire.

Pour les agences classiques de diffusion, je n'ai pas vraiment d'hypothèse. La chute de Gamma a peut être montré que leur modèle était à revoir.

Pour Brèves de Trottoirs, pas de "comptoir" ;), j'ai vu ouaip que c'était Thomas Salva le photographe. Très bon.

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wilfrid :

Oui, de troittoirs... Fatigué ce soir.

Concernant l'interactivité, je parlais pas forcément de Samuel mais du CNC qui jure beaucoup par l'interactivité. Les commissions ne comportent aucun journaliste et pour les photojournalistes/rédacteurs, c'est dommage.

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wilfrid :

Très fatigué... Trottoirs...

Sinon, on peut aussi parler de la fusion de deux organisations professionnelles, FreeLens et l'UPC... Historique !!!

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root :

Merci pour ces précisions concernant le CNC.

Pour la fusion de l'UPC et FreeLens, je n'ai pas abordé le sujet tant que rien n'est définitivement voté par les AG respectives des associations mais c'est vrai que c'est une excellente nouvelle sur laquelle il sera bon de revenir ;).

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Thierry :

Pierre, bravo pour tes articles que je découvre seulement aujourd'hui et qui sont une très bonne et exhaustive synthèse de notre métier.

Je me permet de relever une fôte dans le titre de nos revues:
C'est Mad in China, Mad in India et Mad in France et pas "Made In". "Mad In.." appuie sur le fait que nous faisons ces revues dans un temps très court et que c'est un pari un peu fou, même si chaque numéro est fabriqué (Made in) dans le pays concerné...

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root :

@Thierry :

Merci, j'aurais du vérifier à deux fois les titres de vos ouvrages, c'est corrigé :).

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sophie aglietta :

Merci Pierre pour ce blog de qualité...je suis en train de me lancer et tes articles sont pour moi une mine d'information. De plus, l'analyse est pertinente et le plus important, tu restes positif et tourné vers l'avenir...!!!!

Merci!!!

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